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ADM Analyse: Le conflit des États-Unis et de l’Iran en Irak

ADM demande une enquête impartiale sur les allégations de snipers marines américains ayant tués des manifestants en Irak, sur les allégations des factions du Hezbolah ayant ciblés des installations américaines, sur la frappe de drone ayant visé le convoi du générale Soleimani et ayant tués plusieurs hauts fonctionnaires iraniens et irakiens.  

 L’Irak a été déstabilisé par la frappe de D.Trump sur son sol. Le Premier ministre irakien a confié aux députés le 5 janvier 2019, être victime de pression de D.Trump qui souhaitait 50 % du pétrole irakien en échange de la reconstruction. Ce que le Premier Ministre A.Mahdi a refusé et s’etait tourné vers la Chine signant un accord stratégique, c’est alors qu’il a été victime de menaces et de pression intenses de la part de D.Trump pour annuler l’accord, certaines menaces ont été exécutés, c’est ce qui l’a poussé à présenter sa démission. [1]

Le premier ministre A. Mahdi a déclaré au parlement : «Après mon retour de Chine, Trump m’a appelé et m’a demandé d’annuler l’accord, j’ai refusé de le faire, alors il m’a menacé de manifestations massives qui me dirigeraient. Les manifestations ont commencé, puis Trump a appelé, menaçant de s’intensifier si je ne suivais pas ses souhaits. Il a déclaré que des tireurs d’élite des Marines américains seraient déployés sur de hauts bâtiments à Bagdad et à l’ambassade des États-Unis pour tirer sur les manifestants et les forces de sécurité et les tuer. C’était une tentative de me faire pression et de me faire accepter ses souhaits et d’annuler l’accord avec la Chine, donc je n’ai pas répondu. Au lieu de cela, j’ai envoyé ma démission. Mais les Américains insistent à ce jour pour que nous annulions l’accord avec la Chine. Il a également menacé de me tuer ainsi que le ministre de la Défense. «  [2]

La frappe de D.Trump contre le général Soleimani n’est que la dernière étape des pressions de Trump sur l’Irak. Il semblerait que D.Trump a pratiqué la politique de la terre brûlée en tentant de créer un conflit régional et confessionnel pour ses intérêts politiques personnels.

 

Déroulements des faits :

Le 27 décembre 2019, une roquette non identifiée a tué un sous-traitant américain à Kirkouk, dans une base militaire américaine, [3]alors que les responsables de l’attaque de Kirkouk n’ont pas été identifiés. Les États-Unis les attribuent malgré tout aux milices du Hezbollah et prennent l’initiative de frapper un groupe de personnes, provoquant la mort de 25 d’entre eux. En réponse, les milices du Hezbolah ont manifesté devant l’ambassade. C’est alors que des dégradations ont été commises, les Américains ont répondu en tirant à balles réelles faisant plusieurs blessés parmi les manifestants. La situation étant extrêmement difficile à gérer, le ministre irakien a menacé les milices pro-iraniennes de démissionner, ce qui finit par calmer la situation et permettre aux autorités irakiennes de sécuriser la zone.

Le 3 janvier 2019, sur Ordre de Donald Trump, le General Qassem Soleimani, numéro 2 de l’Iran est assassiné par la frappe d’un drone américain à l’aéroport de Baghdad et fait plusieurs morts ; le Général Soleimani, mais aussi des responsables iraniens et irakiens.

 

Trump a piégé l’Irak 

L’assassinat du général Soleimani a eu l’effet d’une onde de choc, non seulement au Moyen-Orient, mais aussi dans le monde. Le Général Soleimani était le représentant d’un État (Iran) en visite diplomatique dans un État voisin (Irak), répondant à une proposition de l’Arabie Saoudite d’apaiser le conflit sous la médiation des autorités irakiennes à la demande de D. Trump. Le convoi transportait aussi des hauts fonctionnaires irakiens qui ont été tués dans la frappe. Ce sont donc deux États qui ont été attaqués.[4]

Donald Trump a appelé le Premier ministre irakien pour lui demander de servir de médiateur avec l’Iran. Qassem Soleimani — qui avait rendez-vous avec le Premier ministre à Bagdad — est venu en Irak pour le rencontrer le lendemain. La lettre de demande de médiation de D. Trump a été lue devant le député le 5 janvier 2020, par le Premier ministre irakien, lors du vote du parlement concernant le départ des troupes étrangères d’Irak. [5]

La portée de ces assassinats est immense, ils représentent un affront et une humiliation pour le gouvernement irakien.

Les Iraniens comparent l’assassinat de Soleimani à celle d’El Hussein petit-fils du prophète sa ; une photo diffusée sur les réseaux sociaux met en scène El Hussein accueillant Soleimani dans ses bras. Le drapeau rouge a été déployé sur le dôme sacré de la mosquée Holy Dôme Jamkarān à Qom, en Iran. C’est un symbole de guerre imminente. Cela permet de mesurer la signification de ce crime pour les iraniens et son impact au Moyen-Orient.

Les pays du Moyen-Orient n’ont cessé d’appeler au calme et à la désescalade.

L’Afghanistan a fait savoir que son territoire ne serait pas utilisé pour des frappes sur des pays étrangers, l’Arabie Saoudite a déclaré qu’elle « n’a pas été consultée par Washington au sujet de la frappe qui a tué le général iranien Qassem Soleimani ». [6]

 

La frappe américaine en Irak est une violation du droit international

L’Irak a mis au vote en urgence un projet d’exclusions des troupes américaines, qui a été voté au parlement le 5 janvier 2019. Le parlement irakien a voté la résolution présentée par le Premier ministre irakien avec :

– l’annulation de la demande d’assistance à la Coalition internationale de lutte contre l’organisation Daesh en Irak.

– l’approbation de la suppression de toute présence de forces étrangères (coalition internationale) dans le pays et l’interdiction à ces derniers d’utiliser la terre et le ciel en Irak.

Le Premier ministre a expliqué que l’Irak n’était plus en capacité de protéger les troupes étrangères, que les actions sont illégales et contraires à l’accord avec les États-Unis avec l’Irak. Les actions américaines mettent en danger la sécurité de l’Irak.

L’Irak a porté plainte au Conseil de sécurité pour « violation de la souveraineté » et « attaques contre des sites militaires irakiens et assassinat de hauts responsables militaires irakiens et amis sur le sol irakien ».[7]

Agnès Callamard, Rapporteure Spéciale sur les exécutions extrajudiciaires au Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme, a déclaré que « Les assassinats ciblés de Qasem Soleiman et Abu Mahdi Al-Muhandis sont illégaux et violent le droit international des droits de l’homme: en dehors du contexte des hostilités actives, l’utilisation de drones ou d’autres moyens de tuerie ciblée est presque jamais susceptible d’être légale. » [8]

L’experte demande au Secretaire Generale des Nations Unis d’ « activer l’article 99 de la Charte des Nations Unies; ouvrir une enquête impartiale sur la légalité des tueries ayant ciblé Soleimani et les événements qui y ont conduit. »[9]

 

L’administration américaine n’était pas au courant de la décision de D. Trump de tuer Soleimani.

Une ambiance de chaos règne dans l’administration américaine, au lendemain de la frappe en Irak par les États-Unis. L’ambassade américaine demandait à ses ressortissants de quitter immédiatement l’Irak par avion ou par voie terrestre, alors que la frappe a eu lieu à l’aéroport de Baghdad. En ce qui concerne la frappe, un responsable a déclaré au média Foreign Policy  : « Le processus d’approbation habituel, le processus de prise de décision, n’a pas eu lieu pour discuter de questions sensibles ». [10]

Reza Marashi a récupéré les confidences d’autres responsables du gouvernement américain[11] : « Nous n’avons aucun plan pour ce qui va suivre. Les gens paniquent à juste titre.

Pour eux, l’assassinat du Général est une décision stupide : “Rien de tout cela ne concerne les intérêts ou la sécurité américains.” Ils soulignent qu’un grand nombre des meilleurs conseillers de D. Trump sur l’Iran ont effectué plusieurs missions dans nos guerres en Irak, en Afghanistan et ailleurs. Ils croient profondément que l’Iran est la raison pour laquelle ils ont perdu ces guerres. –  Ils savent que les Irakiens vont les expulser maintenant, alors ils vont essayer d’en tuer autant que possible en sortant, Iraniens, Irakiens, peu importe.

Le 6 janvier 2019, l’administration américaine a fait savoir par lettre aux autorités irakiennes que son armée quittait l’Irak. Après plusieurs questions des journalistes, le Pentagone a fini par expliquer que sa publication était une erreur et qu’il n’avait pas été demandé à l’armée de quitter l’Irak. [12] Le premier ministre irakien Abdul-Mahdi a pourtant confirmé qu’il « s’agissait d’un message officiel dans le contexte naturel, pas d’un papier signé par l’imprimeur ou apporté par hasard ». Cependant, l’Amérique a annoncé lundi qu’il s’agissait d’un « projet ». [13]

Ces éléments démontrent que l’administration et l’armée américaine désapprouvent la frappe commanditée par D. Trump, qui a agi contre les intérêts des Américains sans en informer sa propre administration, il n’a pas non plus informé le Congrès ou les alliés.

 

La guerre des États-Unis contre l’Iran.

La frappe contre le représentant politique de l’Iran, fait de facto entrer l’Iran dans la guerre avec les États-Unis sur le sol irakien. La question est de savoir comment apaiser la situation et sortir de ce conflit qui pourrait déstabiliser toute la région avec des conséquences dramatiques, sur les civils en particulier.

Pour l’instant, si l’on base seulement sur les faits, l’Iran a choisi les outils diplomatiques et juridiques pour répondre aux attaques, en saisissant le conseil de sécurité et en revoyant les clauses de l’accord de 2015 sur le nucléaire.

Depuis la frappe qui a ciblé le convoi du Général Soleimani, des roquettes (non identifiées) ont été envoyées sur l’ambassade des États-Unis et des bases militaires en Irak, attribuées par Washington au Hezbolah, et ce sans qu’aucune enquête ne soit réalisée. Les factions paraissent incontrôlables aussi bien pour l’Irak que l’Iran. Des interventions des chefs en Irak tentent d’apaiser la situation, par exemple Moqtada al-Sadr qui : “appelle ses partisans à stopper toute attaque militaire contre les US jusqu’à ce que toutes les actions parlementaires et diplomatiques soient épuisées”.

Le danger vient de ces groupuscules qui peuvent faire basculer rapidement la région dans le terrorisme.

Le média Iranwire rapporte que : “des responsables iraniens et des membres de la Force Quds des gardiens de la révolution ont demandé à leurs alliés en Irak de s’abstenir de se venger contre des cibles américaines et occidentales après l’assassinat de G.Soleiman »[14]

Le 7 janvier 2020, les Etats-Unis ont refusé le visa au ministre des affaires étrangères iraniens pour assister à la réunion du Conseil de Sécurité et ceux en violant les termes d’un accord de siège de 1947 exigeant que Washington autorise les étrangers à entrer dans le pays pour mener les affaires des Nations Unies. [15]

Dans la nuit du 8 janvier 2020, l’Iran a envoyé des missiles en Irak sur deux bases militaires américaines à bases de Aïn al-Assad et d’Erbil. Les missiles iraniens n’ont fait aucune victime. L’Iran a déclaré qu’elle a respecté le droit international en ne visant que des installations militaires « l’Iran semble donc pour l’instant avoir voulu faire une démonstration de force en évitant escalade. ». [16]

La réalité, ce n’est qu’aucun des deux pays ne souhaite poursuivre la guerre, dont les répercussions peuvent être dramatiques aussi bien pour le Moyen-Orient que pour le monde.

Le résultat de la frappe de drone de D. Trump ayant visé le général Soleimani est qu’aujourd’hui l’Irak est devenu un champs de bataille entre les  États-Unis et l’Iran, le gouvernement irakien tente dégager l’Irak de ce conflit dont il est la première victime avec des conséquences dramatiques aussi bien sur l’Irak que sur la population exténuée par les multiples guerres et le terrorisme qui l’ont traversé.

C’est ainsi que le Premier ministre Adel Abdul Mahdi a annoncé le 8 janvier 2020 que : « le gouvernement prépare une note sur les étapes juridiques de la mise en œuvre de la résolution du Parlement qui appelle à mettre fin à la troupes américaines en Irak et annulation de la demande d’aide de la coalition dirigée par les États-Unis dans la lutte contre DAESH. »

C’est dans ce contexte que la Chine vient de dépêcher une délégation auprès du Premier ministre irakien pour lui proposer son soutien militaire et la Russie vient d’offrir des S-400 pour sécuriser son espace aérien. [17]

 

Conclusion 

Dans ce chaos, la bonne nouvelle, c’est que l’Irak et l’Iran demandent justice aux Nations Unies, seul le respect du droit international apaisera la situation. Les États voisins et l’Europe peuvent et doivent jouer un rôle stabilisateur dans la région et condamner les violations des droits, y compris celles de leurs alliés et ceux pour la sécurité de la région et du monde.

Le secrétaire Générale des Nations Unies a déclaré : « La nouvelle année a commencé avec notre monde en ébullition. Mon message est clair : arrêtez l’escalade. Faites preuve d’une retenue maximale. Relancez le dialogue. Renouveler la coopération internationale. N’oublions pas les terribles souffrances humaines causées par la guerre. Il est de notre devoir commun de l’éviter. »[18]

ADM demande une enquête impartiale sur les allégations de snipers marines américains ayant tués des manifestants en Irak, sur les allégations des factions du Hezbolah ayant ciblés des installations américaines, sur la frappe de drone ayant visé le convoi du générale Soleimani et ayant tués plusieurs hauts fonctionnaires iraniens et irakiens.

Nous appelons toutes les parties au calme et à respecter la souveraineté et la sécurité de l’Irak, victime une fois encore d’un conflit qu’elle n’a pas choisi. ADM est très inquiète des répercussions de cette escalade sur la population et la région, qui auront de graves répercussions dans le monde, mais aussi augmenterons les discriminations sur les minorités et les musulmans par des politiques sécuritaires dans certains Etats.

 

 

[1] https://twitter.com/Ahmedzehzeeh222/status/1214282537092165633

[2] https://steigan.no/2020/01/iraks-statsminister-trump-truet-meg-pa-livet/

[3] https://www.nouvelobs.com/monde/20200103.OBS23006/ambassade-americaine-attaquee-mort-de-soleimani-l-escalade-des-violences-en-irak-en-cinq-actes.amp

[4] https://twitter.com/janearraf/status/1213823941321592834

[5] https://twitter.com/ejmalrai/status/1213844965207482375

[6] https://www.cnews.fr/monde/2020-01-06/mort-du-general-qassem-soleimani-en-direct-angela-merkel-rencontrera-vladimir

[7] https://twitter.com/farhad965/status/1214113491151405056

[8] https://threadreaderapp.com/thread/1212918159096864768.html

[9] https://twitter.com/AgnesCallamard/status/1214258456615501824

The Targeted Killing of General Soleimani: Its Lawfulness and Why It Matters

[10] Le chef du Pentagone a maintenu un cercle serré lors de la frappe de Suleimani PAR LARA SELIGMAN | 5 JANVIER 2020, 9 h 55

https://foreignpolicy.com/2020/01/05/pentagon-chief-kept-tight-circle-on-suleimani-strike/

[11] https://twitter.com/rezamarashi/status/1214031169173348352

[12] https://edition.cnn.com/2020/01/06/politics/us-troops-iraq/index.html?sr=twCNN010620us-troops-iraq0819PMVODtopw

[13] https://www.alarabiya.net/ar/arab-and-world/iraq/2020/01/07/%D8%B9%D8%A8%D8%AF%D8%A7%D9%84%D9%85%D9%87%D8%AF%D9%8A-%D8%AA%D8%B3%D9%84%D9%85%D9%86%D8%A7-%D9%85%D9%86-%D9%88%D8%A7%D8%B4%D9%86%D8%B7%D9%86-%D8%B1%D8%B3%D8%A7%D9%84%D8%A9-%D8%AE%D8%B7%D8%A3-%D8%B9%D9%86-%D8%A7%D9%84%D8%A7%D9%86%D8%B3%D8%AD%D8%A7%D8%A8.html#

[14] https://iranwire.com/en/features/6588

[15] https://foreignpolicy.com/2020/01/06/trump-administration-blocks-iran-foreign-minister-zarif-addressing-un-security-council/

[16] https://twitter.com/Sonia_Dridi/status/1214774045138391043

[17] https://twitter.com/RudawEnglish/status/1214170432603086853

[18] https://twitter.com/antonioguterres/status/1214264136386928641

 

L'ADM

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